Au fil des jours, tous les métiers d'une ouvrière

 Au long de ma courte vie, pas plus de cinq à six semaines, je suis une ouvrière qui exerce des tâches bien précises dans un ordre immuable prévu d'avance :

DE MON 1er À MON 3e JOUR : je suis "femme de ménage", je débarrasse les alvéoles des déchets abandonnés par les larves et si besoin je fais quelques réparations sur les rayons.

balayeuse transp

À PARTIR DE MON 3e JOUR : je suis "nourrice", mon corps s'est transformé et grâce à deux glandes mammaires je fabrique de la gelée royale pour nourrir les larves. Je n’en donne aux larves que pendant trois jours, avant de passer à une simple bouillie. Car si je continuais à les gaver de gelée, elles deviendraient des reines ! Et ce serait bien embêtant car il ne peut y en avoir qu’une seule à la fois. Si, par erreur, il en naissait plusieurs, ce serait aussitôt une bagarre à mort jusqu’à ce que la plus forte gagne !

nourrice transp

ENTRE MON 10e ET MON 12e JOUR : me voilà "magasinière"Je décharge le nectar apporté par les butineuses et, après l’avoir transformé en miel, je le tasse au fond des alvéoles. Je fais aussi quelques sorties (c’est la première fois!) pour examiner les lieux environnants ou la position du soleil, cela me fera des repères pour plus tard.
Je ventile à l’aide de mes ailes pour maintenir une température idéale dans la ruche, et si besoin je donne un coup de main au ménage. Et, pendant ce temps, mon corps s’est à nouveau transformé : mes glandes mammaires ont disparu, et des glandes cirières ont fait leur apparition. Je suis prête pour un nouveau métier !

magasin trnsp

DE MON 12e À MON 18e JOUR : je deviens bâtisseuse-cirière : la cire, produite par mes glandes, suinte entre les quatre derniers anneaux de la face ventrale de mon abdomen, puis elle se solidifie en une petite plaquette très mince. Avec mes pattes je la porte à ma bouche, je la pétris avec mes mandibules, et j’en fais des petites boules. Avec toutes les ouvrières de la ruche, nous formons tantôt une grappe, tantôt une chaîne suspendue au sommet du rayon à construire, et nous nous passons les boules de pattes en pattes, jusqu’à ce qu’elles arrivent à celle qui est en train de façonner les alvéoles hexagonales, juste à la bonne taille pour les larves.

Avant de nous mettre à l’œuvre, nous nous gavons de miel, car pour avoir l’énergie de produire 1 kg de cire, nous devons absorber entre 7 et 10 kg de miel, de quoi façonner les 80 000 alvéoles, bien inclinées pour éviter que le miel ne coule, qui vont nous servir de magasin pour conserver les provisions de miel et de pollen pour l’hiver, et aussi pour nourrir le couvain (la ponte de la reine).

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DE MON 18e À MON 21e JOUR : je commence à voir le jour !  Mes glandes à cire ont disparu, et me voilà gardienne à l’entrée de la ruche pour chasser les éventuels ennemis : guêpe ou abeille étrangère... Grâce à mes antennes " détecteurs à parfum ", j’ai un odorat très fin. Je repère instantanément les intrus et après sommation, je les chasse, par les armes s’il le faut !

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DE MON 21e JOUR À MA MORT : dans un rayon d'environ 3 km, je fais une incessante navette entre les fleurs et ma ruche pour récolter nectar, pollen et eau. C’est épuisant, mes ailes sont ébréchées, mon poil usé, et je suis devenue toute terne. De plus, c’est le métier de tous les dangers, je risque ma vie en permanence : toiles d’araignées, oiseaux, insectivores de toutes sortes me menacent, sans parler des intempéries, vent et pluie qui peuvent me noyer. Ce n’est pas un hasard si c’est ma dernière mission...

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